Les détections de pesticides doublent : 119 alertes alimentaires dans l’UE cette semaine

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Equipe éditoriale

9 min de lecture
16/03/2026
Les détections de pesticides doublent : 119 alertes alimentaires dans l’UE cette semaine

Rappels alimentaires en Europe : semaine 11, 2026

Votre suivi hebdomadaire des rappels alimentaires et de la conformité réglementaire 

Le système d’alerte rapide de l’UE pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF) a enregistré 119 notifications entre le 9 et le 15 mars 2026, soit une hausse de 21 % par rapport aux 98 alertes de la semaine précédente. Cette augmentation est principalement due aux résidus de pesticides, présents dans 40 mentions de danger, soit presque le double des 22 signalées la semaine précédente. Le chlorpyrifos, à lui seul, représentait 8 de ces mentions, provenant de 7 pays différents.

Par ailleurs, quatre notifications ont identifié des hydrocarbures aromatiques d’huiles minérales (MOAH) dans des protéines végétales en poudre, dont trois provenaient de fournisseurs allemands. La Listeria monocytogenes a été détectée dans du brocoli surgelé en Pologne et des champignons surgelés aux Pays-Bas, un pathogène plus couramment associé aux produits laitiers prêts à consommer et aux charcuteries qu’aux légumes surgelés.

La Salmonella reste largement signalée avec 20 alertes (contre 17 la semaine précédente), mais sa répartition a changé. Alors que la semaine précédente concernait principalement la Salmonella Infantis d’Europe de l’Est, les alertes de cette semaine étaient réparties sur six sérovars différents : Infantis, Derby, Virchow, Agona, Newport et houtenae.

Points clés en un coup d’œil

  • 119 notifications RASFF au total : 108 pour des denrées alimentaires, 2 pour des matériaux en contact avec les aliments, 9 pour des aliments pour animaux — en hausse de 21 % par rapport aux 98 de la semaine précédente.
  • Les fruits et légumes arrivent en tête de toutes les catégories avec 26 alertes, identique à la semaine précédente.
  • Les résidus de pesticides ont bondi à 40 mentions de risques, presque le double des 22 signalées la semaine précédente.
  • Le chlorpyrifos est apparu 8 fois, provenant de 7 pays : Espagne, Égypte, Inde (×2), Équateur, Chine, Brésil et Pologne.
  • La Salmonella a fait l’objet de 20 alertes réparties sur 6 sérovars différents, la Pologne (6) et le Royaume-Uni (5, toutes dans les aliments pour animaux) étant les principaux pays d’origine.
  • La contamination par MOAH s’est concentrée sur les protéines végétales en poudre : 4 alertes, dont 3 en provenance d’Allemagne.
  • La Listeria monocytogenes a été détectée dans 6 alertes concernant des légumes surgelés, des fromages et des saucisses — toutes provenant d’États membres de l’UE.
  • 5 alertes de norovirus concernant des huîtres en provenance d’Irlande et de France.
  • Les figues séchées turques ont généré 5 alertes pour des mycotoxines (4 ochratoxines A, 1 aflatoxine B1), comme chaque semaine depuis l’automne 2025.
  • Les États membres de l’UE sont à l’origine de 46 % de toutes les alertes (55 sur 119).

Catégories de produits les plus touchées

Les fruits et légumes ont enregistré 26 alertes pour la deuxième semaine consécutive. Cependant, le profil des risques a changé: les résidus de pesticides représentent 15 des 26 alertes, moins que la semaine précédente, tandis que les mycotoxines restent à 5 alertes (toutes des figues turques). Deux détections de Listeria dans des légumes surgelés provenant d’États membres de l’UE (Pologne, Pays-Bas) ont introduit un risque biologique dans une catégorie habituellement dominée par des risques chimiques.

Catégories de produits les plus concernées par les rappels alimentaires .jpg

Les alertes concernant la volaille sont passées de 14 à 11, mais l’origine du problème a changé. La Pologne reste en tête avec 6 alertes de Salmonella liées à la volaille, tandis que le Brésil a ajouté 3 alertes supplémentaires. La crise du repas pour volailles au Royaume-Uni (5 alertes de Salmonella dans le fourrage) a été classée dans la catégorie des aliments pour animaux plutôt que dans celle de la volaille, mais le risque en aval circule toujours dans la même chaîne d’approvisionnement.

MOAH dans les protéines végétales en poudre : point de contamination

La semaine dernière, quatre alertes ont signalé la présence d’hydrocarbures aromatiques d’huiles minérales (MOAH) dans des protéines végétales en poudre, dont trois en provenance d’Allemagne et une d’origine inconnue. Une cinquième alerte MOAH a concerné des pois verts provenant des Philippines. Des détections sporadiques de MOAH (comme les nouilles instantanées en provenance de Chine la semaine précédente) sont assez courantes, mais quatre alertes dans une seule catégorie de produit représentent une concentration notable.

La contamination par les MOAH provient généralement des emballages en carton recyclé, des encres d’impression, des lubrifiants des machines de transformation ou de matières premières contaminées. Dans le cas des protéines en poudre, la source la plus probable est l’emballage ou les équipements de transformation, car les ingrédients de base (protéines de pois, de soja et de riz) sont soumis à une extraction mécanique intensive.

Les trois alertes d’origine allemande suggèrent un fournisseur ou une installation de production commune, plutôt qu’un problème de matière première affectant plusieurs sources. Pour les acheteurs du secteur de la nutrition sportive et des aliments d’origine végétale, la principale conclusion immédiate est la nécessité de tester chaque lot de protéines en poudre entrant pour les MOAH. L’UE a publié des recommandations de suivi des MOAH depuis 2017, mais il n’existe toujours aucun niveau maximum légalement contraignant, ce qui signifie que les rejets reposent sur la clause générale de sécurité alimentaire du règlement (CE) n° 178/2002 plutôt que sur une limite spécifique (MRL).

Listeria dans les légumes surgelés

La Listeria monocytogenes a été détectée dans 6 alertes la semaine dernière. Toutes provenaient d’États membres de l’UE : Pologne (brocoli surgelé), Pays-Bas (champignons surgelés), Belgique (fromage de chèvre et saucisse cuite), Estonie (saucisse fumée) et France (produits carnés).

Les alertes concernant les légumes surgelés sont particulièrement importantes pour les acheteurs de produits frais. La présence de Listeria dans les fromages et la charcuterie constitue un risque bien connu : le pathogène se développe facilement dans les environnements humides et réfrigérés typiques des filières laitières et carnées. En revanche, la présence de Listeria dans les légumes surgelés est moins attendue. Le pathogène peut survivre à la congélation, mais ne se développe pas en dessous de -0,4 °C, ce qui indique que la contamination provient d’un défaut survenu avant ou pendant la congélation, généralement d’une ligne de blanchiment sale, d’eau contaminée ou d’un nettoyage insuffisant des équipements de découpe.

Pour les acheteurs et transformateurs de légumes surgelés, la réponse pratique consiste à examiner les plans HACCP des fournisseurs, en portant une attention particulière aux contrôles d’hygiène avant la congélation, notamment aux étapes de blanchiment et de refroidissement.  Le fait que la Pologne et les Pays-Bas signalent indépendamment le même danger dans des produits similaires au cours de la même semaine devrait pousser les équipes qualité à demander aux fournisseurs de légumes surgelés les résultats de leur surveillance environnementale de Listeria. 

Point sur les fruits et légumes

Les pesticides représentent la majorité des alertes

Sur les 26 alertes concernant les fruits et légumes, 15 étaient liées à des résidus de pesticides. Les produits concernés sont très variés : poivrons du Kenya (acetamipride), grenades de Turquie (prochloraz), ananas du Mexique (ométhoate), laitue verte d’Espagne (lambda-cyhalothrine), myrtilles de Chine (fenpropathrine, non autorisée), citrons verts du Brésil (chlorpyrifos) et fraises surgelées d’Égypte (fosthiazate).

Plusieurs de ces substances ne sont pas autorisées dans l’UE. Les piments tanzaniens contenaient à la fois chlorfenapyr et lambda-cyhalothrine, le même type de cocktail multi-résidus observé depuis fin 2025 dans les poivrons d’Afrique de l’Est et d’Asie du Sud-Est. Les fruits italiens de mispen (néflier) ont été contaminés par la tétraméthrine et la perméthrine, deux substances non autorisées. Il s’agit d’un cas rare de produit d’origine UE contenant des pyréthrinoïdes synthétiques non approuvés pour les cultures alimentaires en Europe.

Liste complète des alertes sur les produits frais

Fruits et légumes (26 alertes)

  • Poivrons (Kenya) : acétamipride au‑delà de la LMR
  • Néflier / mispen (Italie) : tétraméthrine, perméthrine (non autorisées)
  • Feuilles de vigne (Égypte) : carbendazime (non autorisé), chlorpyrifos (non autorisé), imidaclopride, thiaméthoxame
  • Mandarines (Espagne) : chlorpyrifos (non autorisé)
  • Grenades (Turquie) : prochloraze au‑delà de la LMR
  • Brocoli surgelé (Pologne) : Listeria monocytogenes
  • Champignons surgelés (Pays-Bas) : Listeria monocytogenes
  • Piments (Tanzanie) : chlorfénapyr (non autorisé), lambda-cyhalothrine
  • Ananas (Mexique) : ométhoate
  • Bananes (Équateur) : chlorpyrifos (non autorisé)
  • Laitue verte (Espagne) : lambda-cyhalothrine
  • Myrtilles surgelées (Chine) : fenpropathrine (non autorisée), iprodione
  • Fruits frais (Brésil) : additif de surface non autorisé
  • Pruneaux secs (Serbie) : acide sorbique (taux trop élevé)
  • Figues sèches (Turquie) : ochratoxine A [4 alertes distinctes]
  • Figues sèches (Turquie) : aflatoxine B1
  • Fraises surgelées (Égypte) : fosthiazate
  • Figues sèches (Afghanistan) : dioxyde de soufre non déclaré
  • Fougère aigle (Corée du Sud) : nouvel aliment non autorisé
  • Pois verts (Philippines) : MOAH
  • Citrons verts (Brésil) : chlorpyrifos (non autorisé)
  • Poivrons rouges kapia (Turquie) : cadmium
  • Fraises lyophilisées (Chine / Égypte) : oxamyl (non autorisé)

Herbes et épices (6 alertes)

  • Poivre du Sichuan (Chine) : chlorpyrifos (non autorisé), anthraquinone, autres résidus
  • Thé vert / infusions (Chine) : anthraquinone
  • Feuilles de fenugrec (Inde) : chlorpyrifos (non autorisé), carbendazime (non autorisé), autres résidus
  • Marjolaine (Égypte) : corps étranger (fil métallique)
  • Poudre de piment (Sri Lanka) : ochratoxine A
  • Noix de muscade (Indonésie) : aflatoxines

Fruits à coque, produits dérivés et graines (4 alertes)

  • Graines de sésame (Inde) : Salmonella spp.
  • Cacahuètes (USA) : aflatoxines
  • Sarrasin (Pologne) : cadmium
  • Noix (Ouzbékistan) : absence de date de durabilité

Céréales et produits de boulangerie (7 alertes)

  • Quinoa (Inde via Turquie) : chlorpyrifos (non autorisé)
  • Nouilles de riz (Chine) : OGM (cryIAb/Ac)
  • Riz (Pakistan) : résidus de pesticides
  • Gaufrettes roulées (Égypte) : contrôle vétérinaire aux frontières non effectué
  • Morceaux de biscuits (Pays-Bas) : corps étranger métallique
  • Gâteau au chocolat (Pologne) : acide sorbique (taux trop élevé)
  • Pain (Grèce) : allergène non déclaré (œuf)

Cacao, café et thé (2 alertes)

  • Thé (Corée du Sud) : nouvel aliment non autorisé (extrait de ginseng)
  • Œufs en chocolat (Italie) : corps étranger

Les 5 principaux risques

Les pesticides ont repris la première place des risques, après être tombés à la deuxième place la semaine précédente. Les 40 mentions de dangers représentent une forte augmentation par rapport à la semaine précédente et ramènent les données de début mars au niveau de celles de février, où les pesticides représentaient 40,7 % de l’ensemble des alertes. Les polluants environnementaux, en troisième position, sont entièrement liés au foyer MOAH.

Principaux risques identifiés dans les rappels alimentaires.jpg

Origine des produits rappelés

La Salmonella a été détectée dans dix pays (Pologne, Royaume-Uni, Brésil, Bulgarie, Lituanie, Hongrie, Inde, Espagne, Allemagne et Pays-Bas). Le Royaume-Uni concentre à lui seul 5 des 20 alertes, toutes liées à un même produit : de la farine de volaille transformée (aliment pour animaux) contaminée par Salmonella. Cinq notifications identiques en une seule semaine, pour un même pays et un même type de produit, suggèrent soit une contamination dans un site de production, soit un dysfonctionnement plus large dans la filière de production de volaille au Royaume-Uni.

Les pays les plus touchés par les rappels alimentaires.jpg

Cela est important pour la filière avicole européenne, car la Salmonella pénètre dans les élevages principalement par les aliments pour animaux contaminés. La présence continue de la Pologne (6 alertes Salmonella sur la volaille) pourrait être liée au fait que les transformateurs polonais utilisent de la farine de volaille en provenance du Royaume-Uni ; la contamination suit directement la chaîne “de l’aliment à l’assiette”.

Les États membres de l’UE étaient à l’origine de 46 % des alertes de la semaine dernière (55 sur 119). Ce ratio se situe entre 37 % et 46 % depuis mi‑2025. Dix pays de l’UE figuraient parmi les pays d’origine. Les découvertes de Listeria dans les légumes surgelés (Pologne, Pays-Bas), les résidus de chlorpyrifos sur les mandarines (Espagne) et les MOAH dans les poudres de protéines (Allemagne) provenaient tous de sources européennes. La production nationale comporte des risques spécifiques, différents de ceux liés aux importations, mais tout aussi réels.

Perspectives

Trois points à surveiller pour la seconde moitié du mois de mars :

  1. Accélération du chlorpyrifos. Cette substance est apparue dans des alertes émises par 4 pays, puis par 7 pays. Si cette tendance se maintient en mars, il s’agira du taux hebdomadaire le plus élevé de chlorpyrifos enregistré par le RASFF cette année. Les envois de produits du Hémisphère Sud (limes d’Amérique du Sud, bananes d’Équateur) et de produits d’origine méditerranéenne (agrumes espagnols, légumes égyptiens) augmentent en volume, ce qui signifie davantage de produits entrant dans l’UE et donc plus de chances de détection. Les acheteurs qui ne testent pas déjà systématiquement chaque lot pour le chlorpyrifos, quel que soit son pays d’origine, sont exposés.
  2. Salmonella dans la farine de volaille britannique. Cinq alertes identiques concernant des aliments pour animaux en une seule semaine sont inhabituelles. Une farine de volaille contaminée en amont finit par produire de la viande contaminée en aval. Si la farine de volaille du Royaume-Uni constitue un apport important pour les transformateurs européens, cette chaîne de contamination “de l’aliment à l’assiette” pourrait se traduire, dans les semaines à venir, par une augmentation des alertes concernant la viande de volaille.
  3. MOAH dans les poudres de protéines végétales. La détection de MOAH dans les poudres de protéines végétales constitue un nouveau signal de risque pour le secteur des aliments d’origine végétale. Si ce cluster se reproduit, il pourrait attirer l’attention des autorités : la Commission européenne travaille à instaurer des limites contraignantes pour les MOAH depuis 2022, et les contaminations spécifiques à un produit tendent à accélérer ce processus réglementaire.

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