Rappels alimentaires en Europe | Analyse mensuelle janvier 2026
Le Système d’Alerte Rapide pour les Aliments et les Fourrages (RASFF) de l’Union européenne a enregistré 361 notifications de sécurité alimentaire en janvier 2026, soit une baisse de 29 % par rapport aux 510 alertes de décembre 2025. Cette diminution importante reflète le ralentissement habituel des inspections après les fêtes.
Bien que le volume total des alertes ait diminué, les tendances structurelles observées en 2025 restent présentes : les figues sèches turques poursuivent leur crise de mycotoxines avec 24 alertes distinctes, la volaille polonaise conserve son problème endémique de Salmonella avec 10 notifications, et les produits égyptiens apparaissent comme une préoccupation croissante avec 9 rejets liés aux pesticides. Pour les agriculteurs et les acheteurs en gros, les données de janvier confirment que les baisses saisonnières ne signifient pas toujours un risque moindre — elles reflètent souvent une réduction des contrôles pendant les vacances.
Points clés en un coup d’œil
- Notifications totales : 361 alertes (328 aliments, 21 fourrages, 11 matériaux en contact avec les aliments
- Variation mensuelle : -29,2 % par rapport à décembre 2025 (510 alertes)
- Produits frais : 77 alertes (21,3 % du total), dominées par les figues sèches turques
- Pays d’origine principal : Turquie avec 34 alertes (9,4 %), suivie de la Chine (24) et des États-Unis (22)
- Risques principaux : Résidus de pesticides (60), Salmonella (49), Mycotoxines (43)
- UE vs hors UE : 61,8 % des alertes proviennent de pays hors UE ; pour les produits frais, 84,4 % hors UE
- Préoccupation majeure : Les poivrons égyptiens ont présenté de multiples violations de pesticides, y compris le chlorpyrifos interdit
Principales catégories de produits affectées
Les produits frais continuent d’être la catégorie la plus surveillée par les autorités européennes de sécurité alimentaire. La répartition des alertes par type de produit montre où les vulnérabilités de la chaîne d’approvisionnement sont les plus critiques :
|
Classement |
Catégorie |
Janv 2026 |
Déc 2025 |
Variation |
|
1 |
Fruits et légumes |
77 (21,3%) |
119 |
-35,3% |
|
2 |
Aliments diététiques et compléments alimentaires |
46 (12,7%) |
70 |
-34,3% |
|
3 |
Céréales et produits de boulangerie |
28 (7,8%) |
24 |
+16,7% |
|
4 |
Produits de viande de volaille |
27 (7,5%) |
43 |
-37,2% |
|
5 |
Fruits à coque, produits dérivés et graines |
26 (7,2%) |
61 |
-57,4% |
Le recul des alertes sur les fruits à coque et les graines (-57,4 %) se distingue comme particulièrement significatif. Cette baisse reflète probablement la fin de la saison des récoltes plutôt qu’une amélioration réelle des taux de contamination. La contamination par des aflatoxines, qui a dominé cette catégorie à la fin de 2025, devrait réapparaître avec l’arrivée des nouvelles récoltes dans les chaînes d’approvisionnement européennes.

Focus sur les produits frais
Les produits frais représentaient 77 des 361 alertes en janvier 2026, confirmant leur position de catégorie la plus surveillée. Cette concentration de risques reflète à la fois la vulnérabilité des produits périssables et l’intensité des contrôles aux frontières de l’UE sur les importations agricoles.
Figues sèches turques
Le fait le plus marquant des données de janvier est la domination continue des figues sèches turques dans les alertes RASFF. 24 notifications distinctes concernaient des figues de Turquie, soit 31 % de toutes les alertes sur des produits frais et 71 % du total des alertes en provenance de Turquie. Les risques étaient presque exclusivement dus à des mycotoxines : l’ochratoxine A (majorité) et les aflatoxines (B1 et totales).
Ce n’est pas un problème nouveau. Nos données de suivi montrent que les alertes concernant les figues turques sont restées élevées depuis septembre 2025, avec des pics de 45 à 47 alertes par mois entre octobre et décembre. La valeur de janvier, 24 alertes, représente une réduction en termes absolus, mais, ajustée à la baisse globale de 29 % du total des notifications, les figues restent disproportionnellement représentées. Les causes profondes — installations de séchage inadéquates, stockage inadapté et tri insuffisant avant l'exportation — demeurent non résolues à grande échelle.
Produits égyptiens
L’Égypte est apparue comme une préoccupation majeure en janvier, avec 9 alertes concernant des produits frais, contre seulement 5 en décembre. Les produits concernés comprenaient des poivrons doux, des oranges, des fraises surgelées et des feuilles de vigne. Les risques étaient principalement des résidus de pesticides, avec plusieurs constats particulièrement graves :
- Chlorpyrifos (interdit dans l’UE depuis 2020) dans les olives de table
- Oxamyl (non autorisé) dans les fraises surgelées
- Combinaisons multiples de pesticides dans les poivrons doux : chlorfénapyr, chlorpyrifos et acétamipride
- Résidus de chlorprophame dans les oranges et poivrons
- Excès de propargite dans les poivrons surgelés tranchés
Pour les acheteurs s’approvisionnant en Égypte, ces résultats soulignent la nécessité de protocoles de contrôle par tiers stricts. La détection de multiples substances interdites dans un seul envoi suggère des défaillances systémiques dans la gestion des pesticides, et non des incidents isolés.
Patrons de risque géographiques
La répartition géographique des alertes de janvier révèle des profils de risque distincts selon la région et le pays d’origine :
|
# |
Pays d’origine |
Alertes |
Produits frais |
Risque principal |
|
1 |
Turquie |
34 |
29 (85%) |
Mycotoxines dans les figues sèches |
|
2 |
Chine |
24 |
2 (8%) |
Compléments alimentaires, pesticides |
|
3 |
États-Unis |
22 |
0 |
Compléments alimentaires (CBD, aliments innovants) |
|
4 |
Pologne |
20 |
2 (10%) |
Salmonella dans la volaille |
|
5 |
Inde |
18 |
2 (11%) |
Pesticides, épices, documentation |
Le changement intéressant
La part de la Chine a augmenté de décembre à janvier, malgré la baisse du nombre total de notifications. Cela se produit généralement lorsque l’attention se déplace des produits secs saisonniers vers un mélange plus large de catégories, pour lesquelles la Chine constitue une source fréquente dans la surveillance de l’UE.

La Turquie reste le moteur le plus constant, notamment dans la catégorie fruits et légumes :
- Origine des fruits et légumes en janvier : Turquie 29 sur 77
- Origine des fruits et légumes en décembre : Turquie 57 sur 119
Volaille polonaise
La Pologne a enregistré 20 alertes en janvier, dont 10 concernaient spécifiquement des produits de volaille, toutes liées à la Salmonella. Cette concentration (50 % des alertes polonaises dans une seule catégorie de produits et avec un seul type de risque) confirme que le secteur de la volaille polonaise continue de faire face à des défis systémiques de biosécurité. Les sérovars détectés (Enteritidis, Infantis, Newport) sont cohérents avec les tendances observées tout au long de 2025.
Analyse des principaux risques
|
# |
Risque |
Nombre d’alertes |
Principaux constats |
|
1 |
Résidus de pesticides |
60 |
Chlorpyrifos (19), acétamipride, oxamyl |
|
2 |
Salmonella |
49 |
43 % dans la volaille ; Pologne comme pays d’origine dominant |
|
3 |
Mycotoxines |
43 |
Ochratoxine A (16), aflatoxines (27) |
|
4 |
CBD/THC (aliments innovants) |
13 |
Non autorisés aux États-Unis, compléments aux Pays-Bas |
|
5 |
Listeria monocytogenes |
8 |
Produits prêts à consommer |
Les résidus de pesticides ont dépassé la Salmonella comme principal risque en janvier, en raison de la détection continue de chlorpyrifos dans plusieurs pays d’origine, malgré son interdiction dans l’UE depuis 2020. Les 19 cas de chlorpyrifos concernaient des produits provenant d’Égypte, d’Inde, d’Équateur, de Chine et du Maroc, ce qui indique que cette substance interdite reste largement utilisée dans les principales régions agricoles exportatrices.

Ce que ce mois révèle aux agriculteurs et acheteurs
Les données de janvier envoient un message clair : même si le nombre total de notifications a diminué, les mêmes points de risque persistent. Une baisse de volume ne signifie pas une exposition moindre.
Pour les cultivateurs et exportateurs
Le marché continue de récompenser la constance. Les programmes de traitement documentés, la connaissance des limites de résidus et un contrôle rigoureux de l’humidité après récolte ne sont plus que de simples détails administratifs. Ils déterminent de plus en plus si un produit circule sans encombre ou s’il est bloqué.
Pour les acheteurs en gros
La gestion des risques repose sur la focalisation, et non sur des tests généralisés. Les données de janvier indiquent clairement deux priorités : le contrôle routinier des résidus dans les flux de fruits et légumes d’hiver, et un contrôle strict des mycotoxines sur les produits secs, les figues sèches restant la ligne la plus sensible.







