Perspectives de récolte, tendances du marché et stratégies de culture pour l'Espagne, l'Italie et la Grèce
La campagne des agrumes 2025/26 a débuté dans des conditions difficiles dans le sud de l'Europe. L'Espagne, l'Italie et la Grèce, les trois principaux producteurs européens d'agrumes, sont confrontés à des baisses de rendement liées à des phénomènes climatiques extrêmes, à la pression des ravageurs et à l’évolution de la dynamique du marché. Pourtant, le secteur européen des agrumes continue de faire preuve de résilience et d'adaptabilité, soutenu par une meilleure transparence des marchés, des pratiques culturales en évolution et des opportunités d'exportation durable.
Récolte d'agrumes de l'UE en baisse, marquée par le recul en Espagne
Selon le Ministère espagnol de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Alimentation (MAPA), la récolte nationale d'agrumes pour 2025/26 est estimée à 5,44 millions de tonnes, soit une baisse de 11 % par rapport à la campagne précédente et 14 % en dessous de la moyenne des cinq dernières années, constituant la plus petite récolte depuis 16 ans. Ce recul reflète les effets combinés d'excès de pluies au printemps, de fortes températures durant la nouaison et de grêles dans les principales régions agrumicoles telles que Valence, Murcie et Andalousie.
Répartition de la production :
- Oranges : 2,72 millions de tonnes (-11,6 % par rapport à l’an dernier)
- Agrumes petits (mandarines, clémentines, satsumas) : 1,73 million de tonnes (-8,2 %)
- Citrons : 866 000 tonnes (-14,7 %)
- Pamplemousses : 108 000 tonnes (+8 %), marquant une troisième augmentation consécutive record
Malgré cette baisse, l'Espagne reste le premier producteur d'agrumes de l'UE et le principal exportateur mondial de fruits frais, avec des exportations annuelles dépassant 3,5 millions de tonnes pour une valeur d'environ 3,6 milliards d'euros.
Comment se déroule la récolte en Espagne jusqu’à présent ?
La saison 2025/26 a commencé fin août avec la récolte des premières mandarines Satsuma, actuellement en phase de déverdissement et entrant sur les marchés européens. Début septembre, les premières variétés de clémentines, dont les premium Marisol et Oronules, ont commencé à être récoltées. Les très attendues Clemenules, variété clé pour les exportations espagnoles de mi-saison, devraient être récoltées début novembre.
Quant aux oranges, la variété Navelina, emblématique de la saison d'agrumes d'hiver espagnole, est également prévue pour début novembre.
Italie et Grèce : Baisses plus modérées mais dynamiques différentes
Bien qu'aucune estimation nationale équivalente à l'« aforo » espagnol n'ait encore été publiée pour l'Italie ou la Grèce, les données de la Commission européenne (DG AGRI Dashboard, septembre 2025) indiquent que ces deux pays connaissent des baisses de production modérées par rapport à 2024/25.
- L'Italie continue de subir des pluies irrégulières et des hivers plus chauds, ce qui affecte la taille et la coloration des fruits. Néanmoins, les prix restent élevés : le prix moyen du citron en août 2025 a atteint 143 €/100 kg, soit +15 % par rapport à août 2024. Les citrons siciliens et les oranges Tarocco se portent toujours bien sur le marché domestique et les marchés d'exportation premium.
- En Grèce, avec un secteur agrumicole plus petit mais en rapide évolution, les prix des oranges sont plus élevés, avec une moyenne de 80 €/100 kg en août 2025, soit +46 % par rapport à 2024 et +25 % au-dessus de la moyenne sur cinq ans. Cependant, le pays souffre encore de rendements irréguliers, principalement en raison d'infrastructures d'irrigation inégales et de vagues de chaleur précoces.
Dans l'ensemble, les estimations de la DG AGRI indiquent que la production d'agrumes de l'UE (hors pamplemousse) pourrait diminuer de 9 à 11 % en 2025/26, principalement en raison du recul en Espagne.
Que se récolte-t-il jusqu’à présent ?
En Italie, la saison 2025/26 progresse également. La Calabre a commencé la récolte des satsumas mi-septembre, tandis que les premières clémentines sont arrivées sur le marché domestique début octobre. La récolte des clémentines communes et des oranges Navel s'intensifiera à partir de novembre, suivie des oranges Navelina début novembre.
En Grèce, la nouvelle saison commence par la récolte des premières clémentines et oranges dans le Péloponnèse et l’Épire. Cependant, les rendements varient selon les régions en raison des irrégularités de pluie et de l'accès inégal à l'irrigation.
Situation du marché : Plus d'importations et volatilité accrue des prix
La moindre offre domestique coïncide avec une hausse des importations en provenance de pays tiers, notamment l’Égypte, l'Afrique du Sud et le Maroc. Entre octobre 2024 et août 2025, l'UE a importé :
- 766 000 tonnes d'oranges (principalement Égypte et Afrique du Sud)
- 469 000 tonnes de petits agrumes
- 403 000 tonnes de citrons
Les importations d'oranges égyptiennes sont restées importantes, tandis que les expéditions sud-africaines ont augmenté de 5 % par rapport à l'an dernier. Les exportations marocaines de petits agrumes vers l'UE ont également bondi de plus de 60 % par rapport à la moyenne sur cinq ans, profitant de conditions commerciales favorables et de prix compétitifs.
La conséquence est claire :
Les prix sur le marché européen deviennent de plus en plus volatils, influencés à la fois par la récolte intérieure plus courte et par l'arrivée saisonnière de fruits moins chers hors UE. Si les agrumes espagnols et italiens conservent une prime pour la fraîcheur et la certification durable, la concurrence exerce une pression sur les marges, notamment dans le segment de détail moyen.
Marché du citron : L'Italie domine les prix, l'Espagne les volumes
Le marché européen du citron montre des tendances nationales divergentes. L'Espagne reste le premier producteur et exportateur de l'UE, mais a subi une forte baisse en 2025. En Italie, les prix restent les plus élevés d'Europe, avec 143 €/100 kg en août 2025, contre 84 €/100 kg en Espagne. Cet écart reflète la spécialisation italienne dans les citrons DOP et IGP (Sorrente, Amalfi, Syracuse), cultivés selon des normes strictes de qualité et avec des rendements plus faibles à l'hectare.
En revanche, les producteurs espagnols, notamment à Murcie et Alicante, font face à l'inflation des coûts et à la concurrence des exportations turques et égyptiennes. Bien que le citron « Fino » domine toujours l'offre européenne, la baisse de production de 14,7 % en 2025 réduit les volumes exportables.
Mandarines et clémentines : Les variétés tardives prennent de la valeur
Parmi les petits agrumes, les clémentines de mi- et fin de saison et les mandarines hybrides (Nadorcott, Tango) gagnent en valeur grâce à leur durée de conservation plus longue et leur adaptation aux conditions climatiques extrêmes. Les données DG AGRI montrent que les prix des petits agrumes en printemps 2025 ont atteint en moyenne 120 €/100 kg dans l'UE, bien au-dessus de la moyenne sur cinq ans, soutenant la rentabilité malgré des rendements plus faibles.
Cependant, l'instabilité climatique pendant la floraison et la nouaison continue de compliquer une maturation uniforme. Les producteurs répondent en adoptant des stratégies de taille qui améliorent l'aération et la lumière dans la canopée, en utilisant des filets anti-grêle et en investissant dans des systèmes de suivi de l'humidité du sol pour optimiser l'irrigation.
Principaux défis agronomiques
La campagne 2025/26 confirme que la volatilité climatique est désormais le principal défi pour les producteurs européens. Les pluies printanières et les vagues de chaleur estivales deviennent plus extrêmes, provoquant des chutes de fruits, de variabilité de taille et des brûlures solaires.
De plus, le risque d'introduction de maladies et de ravageurs reste élevé. Le ministère espagnol de l'Agriculture alerte sur la menace croissante des ravageurs exotiques, comme la tache noire des agrumes (Phyllosticta citricarpa) et le psylle asiatique des agrumes (Diaphorina citri), pouvant se propager via les importations de régions tropicales.
Mesures pratiques pour la récolte et la post-récolte
Le succès de la saison 2025/26 dépendra de la quantité produite et de la manière dont les fruits sont récoltés, manipulés et commercialisés. Avec des récoltes plus petites et des prix stables, les producteurs ont tout intérêt à protéger la qualité à chaque étape.
Le processus commence par une évaluation objective de la maturité, plutôt que de se fier uniquement à la couleur. Beaucoup de satsumas et clémentines précoces présentent encore des zones vertes malgré leur maturité interne. Chaque semaine, les producteurs doivent échantillonner des blocs représentatifs et mesurer le taux de sucre (°Brix) et l'acidité (TA) à l'aide d'un réfractomètre portable et d'un kit de titrage simple. Une composition d'environ 20–30 fruits par bloc permet de suivre les tendances avec précision.
Objectifs de maturité typiques :
- Oranges sucrées (Navelina, Lane Late) : 11–12 °Brix, 0,8–1,2 % d'acidité
- Clémentines : 10,5–11 °Brix, 0,7–1,0 % d'acidité
- Citrons : 8–9 °Brix, 5–7 % d'acidité, avec huiles de zeste saines
Au lieu de se concentrer uniquement sur les valeurs absolues, il est conseillé de surveiller le rapport TSS/TA ou l'indice BrimA, qui reflètent mieux la qualité organoleptique. Une fois l’équilibre atteint, planifier la récolte du bloc sous 10–14 jours pour préserver la fermeté et la résistance de l’écorce.
Avant la récolte, vérifier que la couleur et la texture sont uniformes. Les fruits doivent être entièrement colorés (naturellement ou après déverdissement), fermes mais non dures et se détacher avec un tirage modéré. Les fruits trop mûrs sont plus mous, légers et sujets à des gonflements ou fissures. Tenir des notes détaillées sur l’évolution de la couleur, le °Brix et l'acidité aide à identifier le moment optimal de récolte chaque année.
Pendant la récolte, manipuler les fruits avec soin :
- Couper les tiges au lieu de tirer pour éviter d'endommager l’écorce.
- Utiliser des caisses doublées et ne pas les surcharger pour prévenir les dégâts.
- Garder les contenants à l'ombre et éviter la récolte lorsque les fruits sont humides.
- Prévoir la cueillette tôt le matin ou en fin d'après-midi et refroidir les fruits à 8–10 °C en 24 h pour maintenir la fraîcheur.
Au stade du conditionnement, le tri minutieux et le stockage sont essentiels. Retirer rapidement les fruits abîmés ou brûlés par le soleil et conserver les lots par variété et maturité. Les conditionneurs adoptent de plus en plus de cires de biocontrôle ou de bains antifongiques doux, comme le bicarbonate de sodium ou la chitine, plutôt que les fongicides conventionnels, respectant ainsi les normes du marché et de durabilité. Maintenir :
- Humidité relative : 85–90 %
- Température de stockage : 5–8 °C pour oranges et mandarines ; 10–12 °C pour citrons
Éviter le stockage mixte de variétés différentes, car l’éthylène libéré par les fruits précoces peut accélérer le vieillissement des lots suivants.
Après la récolte, la santé du verger reste cruciale : retirer les fruits tombés ou pourris pour limiter les populations de mouches et la propagation fongique. Un arrosage léger après récolte aide les arbres à récupérer, tandis que l'apport de compost ou de fumier bien décomposé améliore la structure du sol et la disponibilité en nutriments. Une taille légère pour éliminer le bois mort ou ombragé améliore l'aération et la pénétration de la lumière pour les pousses du printemps suivant.
Conclusion : résilience par l'innovation
La saison des agrumes 2025/26 en Espagne, en Italie et en Grèce se caractérise par des rendements plus faibles mais de meilleures opportunités de marché pour des fruits de qualité. Si l'Espagne connaît sa plus petite récolte depuis plus d'une décennie, l'Italie et la Grèce bénéficient de prix domestiques élevés et d'un regain d'intérêt des consommateurs pour les agrumes européens.
L'adaptation via la technologie, la santé des sols et la vigilance face aux ravageurs est essentielle pour affronter cette nouvelle ère d'incertitude climatique. La compétitivité future du secteur européen des agrumes dépendra de la récupération des rendements et de l'alignement avec les objectifs de durabilité et les attentes des consommateurs pour une production traçable et écologique.
À mesure que les producteurs européens se préparent pour la prochaine récolte d'hiver, la coopération, l'innovation et l'efficacité des ressources seront les trois piliers qui définiront la prochaine décennie de la culture d'agrumes méditerranéenne.
Sources
- El Ministerio de Agricultura, Pesca y Alimentación estima una producción de 5,44 millones de toneladas de cítricos para la campaña 2025/2026
- Citrus fruit statistics
- https://www.mapa.gob.es/en/agricultura/estadisticas/estadistica-produccion-integrada
- https://www.mapa.gob.es/dam/mapa/contenido/agricultura/temas/producciones-agricolas/frutas-y-hortalizas/frutas-y-hortalizas/informacion-subsectorial/citricos/aforo-nacional-citricos-campana-2025-26.pdf
- https://www.cbi.eu/market-information/fresh-fruit-vegetables/lemons/market-entry
- https://www.efanews.eu/item/48289-citrus-fruits-italian-production-worth-1-8-billion-euros.html







