Guide pratique pour acheter du foin de qualité pour chevaux de sport

Quentin de Louvencourt

Producteur de foin

9 min de lecture
05/11/2026
Guide pratique pour acheter du foin de qualité pour chevaux de sport

Un patron de haras m'a dit un jour : « Chaque camion que je reçois, c'est un foin différent, je ne sais jamais ce que je vais trouver. » Un autre se plaignait d'un foin « systématiquement pâle et peu appétant », que ses chevaux ne mangeaient que lorsqu'ils avaient très faim. Un troisième recevait régulièrement des bottes poussiéreuses, et un quatrième trouvait souvent des ronces ou de la saleté dans ses lots.

Ces situations n'ont rien d'exceptionnel. Ce sont, à ma connaissance, les problèmes les plus courants des acheteurs de foin pour chevaux de sport, et la plupart auraient pu être évités avec quelques vérifications simples. Voici comment regarder un foin au-delà de la surface.

Qu'est-ce qu'un bon foin pour cheval de sport ?

Avant d'inspecter, il faut savoir ce que l'on cherche. Un foin de graminées de qualité pour cheval de sport présente plusieurs caractéristiques visibles et sensorielles.

L'odeur : un bon foin sent l'herbe sèche et propre, et cela ne trompe pas. Une odeur de moisi, de terre humide ou d'ammoniaque est un signal d'alarme immédiat.

La couleur : un foin bien récolté et bien séché garde une teinte verte, signe que la plante a été coupée au bon stade, séchée dans de bonnes conditions et protégée de la pluie. Un foin trop pâle ou jaune a soit trop séché au soleil à cause d'un fanage excessif, soit pris la pluie pendant le séchage. Dans les deux cas, une partie des nutriments s'est dégradée.

Les tiges et les feuilles : on cherche des tiges longues et fines, avec beaucoup de feuilles. La feuille concentre les protéines et les sucres digestibles, et un foin qui a perdu ses feuilles, à cause d'un pressage trop sec ou d'une manutention brutale, perd une partie de sa valeur nutritive.

Le stade de coupe : un foin coupé à l'épiaison, avant la pleine floraison, est plus digestible et plus riche en énergie qu'un foin coupé tard. Des épis déjà ouverts ou des tiges très dures et lignifiées indiquent une coupe tardive.

Gros plan sur du foin vert et feuillu, aux tiges fines

Un foin bien séché garde sa couleur verte et ses feuilles. Photo : EARL du Parc de Montpoupon

Comment détecter un foin poussiéreux ?

La poussière dans le foin est un problème majeur pour la santé respiratoire du cheval de sport. Un foin poussiéreux contient des spores fongiques qui irritent les voies respiratoires, et c'est souvent là que commencent les toux chroniques.

La cause principale est le taux d'humidité au pressage. Un foin pressé trop humide développe des moisissures invisibles à l'œil mais bien présentes. Chez nous, on vise un pressage entre 8 et 12 % d'humidité. On teste les premières bottes à l'humidimètre à sonde dès la sortie de la presse, et on s'arrête si l'on dépasse 12 %. L'objectif est de rester sous 15 % après stabilisation, car le foin peut reprendre quelques points d'humidité après le pressage.

Grosse botte de foin posée sur une parcelle fauchée, sous un ciel nuageux

L'humidité au moment du pressage décide en grande partie de la qualité du foin. Photo : EARL du Parc de Montpoupon

À l'ouverture de la botte, on voit déjà beaucoup. Ouvrez une section et donnez un coup sec : si un nuage de poussière s'envole, c'est un mauvais signe. Frottez une poignée de foin entre vos mains, un foin propre ne laisse rien de gris sur les paumes.

Les moisissures se repèrent à l'odeur et à l'aspect, avec des zones décolorées et un foin collant ou grisâtre à l'intérieur de la botte. Une botte qui a chauffé après le pressage peut présenter ces zones de façon localisée, pas toujours visible de l'extérieur.

Le stockage compte presque autant que la récolte. Un foin bien pressé à 10 % qui a passé six mois dans un hangar ouvert, exposé à l'humidité ambiante, peut arriver chez vous en mauvais état. Demandez où et comment les bottes sont stockées.

Chez nous, on contrôle l'humidité au moment de rentrer le foin sous hangar, puis à nouveau au chargement. Il peut arriver qu'un pli de foin, c'est-à-dire un paquet à l'intérieur de la botte, ait conservé une poche d'humidité et se détériore légèrement, mais nous faisons le maximum pour l'éviter. Nous ne pressons jamais avant 14 h, pour laisser partir l'humidité du matin, ni après 19 ou 20 h selon l'humidité du sol en soirée. Depuis que nous utilisons des sondes de température fixes dans les bottes, nous surveillons aussi en temps réel les remontées de température lors des récoltes difficiles. C'est ce suivi qui nous a permis d'intervenir rapidement sur quelques lots en 2025, une année où la fenêtre météo n'a jamais dépassé quatre jours de beau temps, ce qui est insuffisant pour faire un foin de qualité.

Comment lire une analyse fourragère ?

Une analyse fourragère est le seul moyen d'aller au-delà des apparences. Voici les indicateurs essentiels, dans l'ordre où ils méritent votre attention.

Indicateur Ce qu'il mesure Plage de référence pour chevaux de sport Attention si
Matière sèche (MS) Part qui n'est pas de l'eau 85 à 92 % moins de 80 %, risque de fermentation
Énergie digestible (ED) Valeur énergétique réelle 7,9 à 8,8 MJ/kg MS moins de 7 MJ, peu adapté au sport
Protéines brutes Teneur en azote × 6,25 80 à 160 g/kg MS moins de 70 g/kg, foin trop mature
NDF (fibres totales) Digestibilité et satiété 42 à 70 % MS plus de 70 %, foin peu digestible
ADF (fibres peu digestibles) Digestibilité énergétique 22 à 40 % MS plus de 45 %, énergie faible
WSC (sucres solubles) Glucides solubles moins de 10 à 12 % MS pour les chevaux sensibles plus de 15 %, risque pour les chevaux à profil métabolique
Fer (Fe) Oligo-élément antagoniste 50 à 400 mg/kg MS plus de 300 mg/kg, excès chronique à surveiller
Champignons pathogènes Qualité sanitaire Aucun isolé toute présence, refus pour un cheval de sport

Sources : Eurofins Equi Feed, Kentucky Equine Research et Platinum Performance.

Deux précisions importantes. Lisez toujours les résultats en base matière sèche pour comparer deux foins entre eux. Et une analyse n'a de valeur que si l'échantillon est représentatif, c'est-à-dire constitué de plusieurs prélèvements dans des bottes différentes d'un même lot, et pas seulement dans la plus belle.

Nos analyses de 2026 sur deux lots de foin

À titre d'exemple, voici les analyses de deux lots de notre exploitation. Nous faisons analyser nos foins chaque année par l'Irish Equine Centre, à Kildare en Irlande, un laboratoire spécialisé dans les fourrages pour chevaux de sport. Cette saison, nous avons analysé séparément nos graminées mélangées de prairie et notre fléole des prés.

Graminées mélangées : matière sèche de 86,4 %, énergie digestible de 9,1 MJ/kg, un bon niveau pour un cheval en travail soutenu et au-dessus de la plage habituelle des graminées. NDF de 50,4 % MS, pour une digestibilité correcte, ADF de 31,1 % MS, dans la cible, et sucres solubles (WSC) élevés, à 18,7 % MS, ce qui est à prendre en compte pour les chevaux sensibles au syndrome métabolique. Fer à 83,2 mg/kg, très bas, et aucun champignon pathogène isolé.

Fléole des prés : matière sèche de 86,6 %, énergie digestible de 8,0 MJ/kg, un profil plus doux, adapté aux chevaux qui n'ont pas besoin d'un apport énergétique élevé. NDF de 59,5 % MS, avec plus de fibres et un transit plus long, ADF de 38,9 % MS, dans la limite haute acceptable, et sucres solubles nettement plus bas, à 10,0 % MS. Fer à 63,9 mg/kg, très bas, et aucun champignon pathogène isolé.

Les deux foins sont sains, sans champignon pathogène, avec une bonne matière sèche et un fer très bas. Un foin ordinaire contient généralement entre 200 et 400 mg/kg de fer, et nos prairies permanentes de Touraine, sur des sols argilo-calcaires jamais retournés, donnent naturellement des foins pauvres en fer, ce qui compte pour les chevaux sensibles à l'excès de minéraux ou dont la ration totale en est déjà riche.

La différence entre les deux lots est instructive. Les graminées mélangées sont plus énergétiques et plus sucrées, tandis que la fléole est plus fibreuse et plus douce. Ce ne sont pas les mêmes foins, et ils ne conviennent pas aux mêmes chevaux. Un cheval de sport en travail intense profitera des graminées mélangées, alors qu'un cheval plus calme, un poney ou un animal à risque métabolique s'en portera mieux avec de la fléole.

Quelles questions poser à votre fournisseur ?

Avant de valider une commande, il est légitime de demander :

  • La date et le numéro de coupe : première coupe de printemps (mai-juin dans l'hémisphère nord) ou deuxième coupe d'été, car cela change le profil nutritif.
  • L'humidité au pressage : comment elle a été mesurée, et à quelle valeur cible.
  • Les conditions de stockage : foin couvert, ventilé et à l'abri de l'humidité.
  • Une analyse fourragère : avec sa date et l'identification du lot analysé.
  • La régularité d'un lot à l'autre : la garantie que le prochain camion ressemblera au premier.

Ce dernier point est souvent le plus difficile. Un producteur sérieux répond à ces questions sans hésiter, alors qu'un intermédiaire n'a pas toujours accès à l'humidité de pressage, d'où l'intérêt de la demander.

Quelles erreurs éviter ?

Se fier uniquement à l'aspect extérieur d'une botte : une botte peut jaunir en surface après quelques semaines à la lumière ou à l'humidité ambiante sans que l'intérieur soit mauvais, et l'inverse est aussi vrai, belle dehors avec un problème dedans.

Ne pas regarder l'intérieur : gratter la surface ou ouvrir une botte est le seul moyen de voir ce qu'elle contient vraiment.

Sonder à un seul endroit : une poche d'humidité peut être très localisée. Nous avons vu des bottes avec une zone humide d'une vingtaine de centimètres, au foin décoloré et dégradé, alors que le reste était parfait. Une seule mesure ne suffit pas.

Ne pas faire le tour de la botte : inspecter toutes les faces permet de repérer les zones sales, les traces de terre ou les matières étrangères, comme les ronces, les chardons ou le rumex, qui ne se voient pas d'un seul côté.

Acheter sur photo : l'idéal est toujours de rendre visite au producteur pour voir et sentir le foin soi-même. Une belle photo de foin, ce n'est pas difficile à faire.

Tracteur et presse à grosses bottes dans une prairie fauchée, avec une botte de foin au premier plan

Rendre visite au producteur reste la meilleure façon de juger un foin. Photo : EARL du Parc de Montpoupon

Questions fréquentes

Le foin poussiéreux est-il dangereux pour les chevaux ? Oui. Les spores fongiques d'un foin poussiéreux ou mal conservé sont une cause fréquente d'inflammation des voies respiratoires. Chez un cheval de sport, dont les performances dépendent de la capacité respiratoire, même une irritation légère peut avoir un effet mesurable.

Comment vérifier la qualité d'un foin sans analyse ? L'odeur, la couleur, la texture et la poussière à l'ouverture sont les quatre indicateurs rapides. Ils ne remplacent pas une analyse, mais ils éliminent les mauvais foins avant même de mesurer l'humidité.

Foin ou enrubanné pour un cheval de sport de haut niveau ? Les deux peuvent convenir. L'enrubanné est plus facile à produire par temps humide et conserve certains nutriments. Le foin sec bien produit présente moins de risques fongiques et il est plus simple à stocker et à distribuer. Pour les chevaux ayant des antécédents respiratoires ou une ration très contrôlée, l'enrubanné est souvent préféré, alors que pour les chevaux robustes en travail intense, un bon foin sec bien pressé reste la référence.

Faut-il demander un échantillon avant de commander ? C'est utile mais rarement pratiqué. Sur la durée, ce qui compte davantage, c'est la régularité du fournisseur, et pour cela rien ne vaut une analyse par lot et un historique de commandes sur plusieurs saisons.

À retenir

Un foin de qualité pour cheval de sport se regarde, se sent et se mesure. Les indicateurs visuels et olfactifs éliminent rapidement les mauvais lots. Une analyse fourragère complète, avec la matière sèche, l'énergie, les fibres, les sucres, les minéraux dont le fer et le bilan sanitaire, donne une image précise de ce que le cheval reçoit vraiment. Et les questions posées au fournisseur en disent souvent autant que les bottes elles-mêmes.

Pour un haras ou une écurie de compétition, la régularité compte autant que la qualité ponctuelle. Un foin exceptionnel une saison et médiocre la suivante nuit à la confiance dans le fournisseur, et bien sûr au cheval. Ce que l'on cherche, c'est un fournisseur capable d'assurer un foin constant d'un camion à l'autre. Et au bout du compte, la meilleure garantie reste d'aller voir vous-même, sur place, l'exploitation qui produit votre foin.

Sources

Kentucky Equine Research. Basic components of a horse hay analysis.

Platinum Performance. Understanding a hay analysis.