Foresterie intelligente face au climat : stratégies, avantages et défis

Lambert Aliginia

Spécialiste en certification agricole et environnementale durable

11 min de lecture
Foresterie intelligente face au climat : stratégies, avantages et défis

 

Foresterie intelligente face au climat : stratégies de séquestration du carbone et de gestion durable

Introduction

Les forêts sont essentielles à l'écosystème terrestre et offrent des bénéfices écologiques, économiques et sociaux. Le changement climatique représente un défi mondial qui a un impact direct sur ces écosystèmes forestiers. Les forêts sont désormais reconnues comme des « Solutions climatiques naturelles » ou des « Solutions fondées sur la nature ». Ces approches nous permettent de lutter contre le changement climatique en réduisant les émissions causées par la déforestation ou en capturant les gaz à effet de serre atmosphériques par le biais de la photosynthèse et de la séquestration.

De précédentes évaluations des solutions climatiques naturelles ont exploré différentes stratégies de couverture et de gestion des terres. Elles ont notamment évalué leur potentiel de séquestration de millions de tonnes d'équivalent CO2 et estimé les coûts de leur mise en œuvre. Des évaluations internationales et nationales soulignent que les terres actuellement ou potentiellement boisées offrent des occasions exceptionnelles d'atténuation du changement climatique fondées sur la nature.

À différents niveaux, des gouvernements nationaux aux autorités locales, les décideurs politiques élaborent et mettent en œuvre des politiques forestières et climatiques qui ont de vastes répercussions sur la société et l'environnement. Les forêts jouent un rôle crucial dans les discussions internationales sur le climat, comme en témoignent l'Accord de Varsovie, l'Accord de Paris et la Déclaration des dirigeants de Glasgow lors de la COP26. Ces initiatives visent à lutter contre la déforestation, à promouvoir les mécanismes de marché et à investir dans le programme de Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD+).

Bien que les forêts africaines soient essentielles à la conservation de la biodiversité, à la résilience des communautés locales et à l'atténuation du changement climatique, elles sont soumises à une pression croissante due à la déforestation, à la conversion des terres et à d'autres activités humaines. Des études récentes révèlent toutefois que les forêts de montagne en Afrique détiennent une forte concentration de carbone, rivalisant même avec la forêt amazonienne. Des pays comme le Gabon, où près de 90 % du territoire est couvert de forêts, contribuent de manière significative à la séquestration globale de carbone. Des initiatives comme les projets REDD+ et la gestion durable des forêts sont essentielles pour protéger les forêts africaines et atteindre les objectifs climatiques. Cet article explore l'impact du changement climatique sur les forêts africaines, les stratégies de séquestration du carbone et les défis que pose la mise en œuvre d'une foresterie intelligente face au climat.

 

1. Agenda climatique mondial et contributions déterminées au niveau national (CDN)

L'Accord de Paris, adopté en 2015 lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21), est un traité international historique visant à limiter le réchauffement climatique mondial. Son objectif principal est de maintenir l'augmentation de la température mondiale bien en deçà de 2 degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels, en s'efforçant de la limiter à 1,5 degré Celsius.

Les contributions déterminées au niveau national (CDN) sont les engagements individuels des pays dans le cadre de l'Accord de Paris. Chaque pays y expose ses plans d'action climatique, incluant des objectifs de réduction des émissions, d'adaptation aux impacts du climat et de renforcement de la résilience. Les CDN sont soumises périodiquement (généralement tous les cinq ans) et reflètent les circonstances, les capacités et les priorités propres à chaque pays.

 

2. Foresterie intelligente face au climat (FIC)

La foresterie intelligente face au climat (FIC) fait référence à des pratiques de gestion forestière qui concilient les objectifs écologiques, sociaux et économiques tout en répondant aux défis du changement climatique. Elle est essentielle pour les stratégies d'adaptation et de résilience, notamment en modifiant la composition des espèces d'arbres, en optimisant les plans de plantation et en atténuant les risques liés aux parasites, aux maladies et aux incendies de forêt exacerbés par le changement climatique.

La gestion durable des forêts (GDF) met l'accent sur un développement qui respecte la capacité de régénération naturelle des ressources (biomasse, espèces, diversité génétique). La GDF favorise la séquestration et la substitution du carbone (remplacement des combustibles fossiles par des produits forestiers). En Europe, la foresterie durable se concentre sur la régénération et l'amélioration. Les forêts contribuent de manière significative à l'action climatique, ce qui est reconnu dans les contributions déterminées au niveau national (CDN) dans le cadre de la CCNUCC. Le concept de « Foresterie intelligente face au climat » a émergé lors du Forum des Nations unies sur les forêts, et implique un développement, une gestion et une conservation forestière aux multiples facettes. Il est essentiel de comprendre l'impact du changement climatique sur les précieux services écosystémiques fournis par les forêts.

 

3. Les stratégies de séquestration de la foresterie intelligente face au climat incluent:

  • Afforestation et reboisement : la plantation de nouveaux arbres (afforestation) et la restauration de zones auparavant déboisées (reboisement) contribuent à séquestrer le carbone en capturant le CO2 atmosphérique par photosynthèse. Des pratiques agroforestières telles que la culture en couloir, le sylvopastoralisme et les brise-vent contribuent également à la séquestration. Néanmoins, l'une des solutions fondées sur la nature les plus efficaces consiste à intégrer les arbres aux cultures ou aux systèmes d'élevage afin d'améliorer le stockage du carbone. En Éthiopie, des pratiques agroforestières traditionnelles combinant des arbres, du bambou, des cultures et du bétail ont permis de soutenir les communautés et les moyens de subsistance. Le système de haie vive (LHS), qui intègre le bambou et des arbres indigènes, améliore la séquestration du carbone. Malgré son efficacité, le LHS se heurte à des défis liés à l'élevage bovin. La mise en œuvre d'interventions de foresterie intelligente, comme la plantation de bambou, peut renforcer la résilience des écosystèmes et réduire la pauvreté. La quantification et la mise en œuvre urgentes de ces systèmes sont cruciales pour lutter contre la désertification et conserver la biodiversité face au changement climatique.
  • Amélioration de la gestion forestière : les pratiques d'exploitation forestière durable, la récolte sélective et la réduction de la dégradation des forêts contribuent à maintenir les stocks de carbone. La conservation des arbres les plus âgés et la protection des écosystèmes à forte teneur en carbone sont cruciales. Les efforts de protection des forêts, comme le concept de Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD), se heurtent à des défis liés aux droits des populations autochtones. Une autre approche consiste à encourager la gestion durable des forêts. Au Nigéria, des pratiques forestières intelligentes et efficaces sont essentielles pour une séquestration du carbone rentable. Le Service de séquestration du carbone (CSS) facilite les connexions avec les marchés mondiaux du carbone, soutenant ainsi la foresterie durable.
  • Amélioration du carbone dans le sol : des pratiques telles que l'agriculture sans labour, les cultures de couverture, l'ajout de matière organique et l'utilisation de biochar comme amendement du sol améliorent la teneur en carbone du sol. Des sols sains stockent une quantité importante de carbone. L'agriculture régénératrice est devenue une pratique majeure d'atténuation du climat qui a été adoptée par les agriculteurs de subsistance dans le cadre de projets de certification carbone en Afrique, augmentant ainsi la séquestration du carbone dans le sol.
  • Conservation des forêts : la protection des forêts existantes empêche le rejet de carbone dû à la déforestation. Les efforts de conservation dans les écosystèmes riches en carbone, comme les tourbières et les mangroves, sont vitaux. Les réserves forestières abritent de nombreuses espèces de faune et de flore indigènes rares qui enrichissent la biodiversité, améliorent les interactions écosystémiques et servent de puits de carbone.
  • Restauration des paysages forestiers : la restauration de paysages dégradés par la plantation d'espèces d'arbres indigènes et l'amélioration de la santé des sols contribuent à la séquestration du carbone. L'un des plus grands projets de carbone au monde, basé sur le Jatropha, a été mis en place sur des sols dégradés dans la zone de transition de l'Afrique subsaharienne. Ces arbustes de Jatropha séquestrent environ 18 000 tCO2e (tonne d'équivalent dioxyde de carbone), transforment les sols dégradés en terres fertiles, améliorent les moyens de subsistance des communautés et renforcent la conservation de la biodiversité.
  • Engagement communautaire : dans le cadre des interventions de la Foresterie intelligente face au climat (FIC), l'engagement communautaire est un facteur clé pour l'intensification et l'amélioration de la performance globale des activités. Les forêts, associées à des pratiques de gestion durable des terres, ont le potentiel de compenser 33 % des émissions mondiales de combustibles fossiles, contribuant ainsi à la réduction des gaz à effet de serre. Les communautés représentent une partie prenante majeure dans la mise en œuvre des projets de FIC. Il est donc primordial qu'elles comprennent les bénéfices des projets et leurs effets sur leur survie pendant les processus de Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP).

 

4. Les défis liés à la mise en œuvre de la foresterie intelligente face au climat

  • Définition floue et application incohérente : le concept de gestion durable des forêts (GDF) manque d'une définition largement acceptée, ce qui conduit à une application incohérente selon les contextes. La GDF vise à équilibrer les aspects écologiques, sociaux et économiques de l'utilisation des forêts. Cependant, les interprétations varient en fonction des conditions locales, des perspectives culturelles et des cadres politiques. Par exemple, dans certaines régions, la GDF met l'accent sur la production de bois d'œuvre, tandis que dans d'autres, elle privilégie la conservation de la biodiversité et les services écosystémiques.
  • Intégration avec la gestion forestière durable (GDF) : la GDF intègre de nombreux aspects différents, notamment la biodiversité forestière, la santé des forêts et les fonctions socioéconomiques. Elle vise à garantir que les forêts fournissent des biens (comme le bois d'œuvre) et des services (comme la séquestration du carbone) tout en maintenant l'intégrité écologique. Les Nations Unies reconnaissent la GDF comme un concept dynamique qui bénéficie aux générations actuelles et futures. Une intégration réussie nécessite la participation des parties prenantes, la prise en compte du cadre juridique et l'équilibre entre les bénéfices économiques et la protection de l'environnement.
  • Interactions forêt-climat : les forêts jouent un rôle important dans la régulation du climat. Elles influencent les conditions climatiques locales et mondiales en régulant le bilan énergétique de surface, les flux d'eau et les échanges de carbone. Les interactions forêt-climat se produisent par des boucles de rétroaction, dans lesquelles la dégradation des forêts perturbe ces processus. Par exemple, la déforestation libère le carbone stocké, ce qui à son tour affecte les modèles climatiques mondiaux. Inversement, l'afforestation aide à atténuer le changement climatique en séquestrant le carbone et en régulant la température et les précipitations.
  • Mise en œuvre pratique sur le terrain : la mise en œuvre de la GDF implique des actions sur le terrain. Les professionnels de la santé de première ligne peuvent établir des parallèles ici. En plus d'impliquer les parties prenantes, de cartographier les processus et de résoudre les problèmes, les gestionnaires forestiers doivent collaborer avec les communautés locales, identifier les pratiques durables et résoudre les problèmes. Par exemple, l'application itérative de stratégies telles que l'engagement des parties prenantes, la cartographie des processus et la résolution de problèmes peut améliorer la mise en œuvre de programmes liés à la forêt, comme l'audit.
  • Évaluation des risques et arbitrages : l'évaluation des risques est très importante dans la GDF. Les décideurs prennent en compte les arbitrages entre les bénéfices (par exemple, la production de bois d'œuvre) et les conséquences négatives (par exemple, la perte d'habitat). Le choix stratégique implique la tolérance au risque et l'aversion au risque. La quantification des risques à l'aide d'outils comme l'analyse coûts-avantages aide à hiérarchiser les investissements en matière de sécurité. Le niveau acceptable de risque résiduel est déterminé en tenant compte de l'incertitude. Une gestion efficace des risques garantit l'alignement sur les objectifs de l'organisation et une bonne communication avec les parties prenantes.
  • Engagement des parties prenantes et des communautés. Une GDF réussie nécessite la coopération de nombreuses parties prenantes : les communautés locales, les groupes autochtones, les décideurs politiques et l'industrie. Leur participation favorisera une compréhension commune, instaurera la confiance et garantira des opérations durables. Par exemple, l'inclusion des savoirs autochtones dans la gestion forestière améliore la conservation de la biodiversité et la résilience des écosystèmes. La participation communautaire facilite également le suivi et la gestion adaptative.
  • Suivi et vérification : un suivi régulier garantit l'efficacité de la GDF. Les mesures suivent la santé des forêts, la biodiversité et les impacts socio-économiques. Les mécanismes de vérification confirment la conformité aux plans de gestion. L'imagerie satellite, les enquêtes sur le terrain et les approches participatives contribuent à un suivi efficace. Par exemple, le suivi de la progression du reboisement ou l'évaluation des taux de séquestration du carbone permet de vérifier les résultats de la GDF.

 

Conclusion

La foresterie intelligente face au climat (FIC) intègre des stratégies d'adaptation et d'atténuation pour gérer les impacts du changement climatique. Nous reconnaissons les forêts comme des solutions climatiques naturelles qui vont au-delà de leur rôle traditionnel. Cependant, il n'existe pas de définition uniforme de la FIC, ce qui conduit à diverses interprétations. La séquestration du carbone est un élément clé de la FIC, mais le fait de se concentrer uniquement sur le carbone peut ignorer les interactions forestières non carbonées et les problèmes opérationnels. Il existe des lacunes et des risques dans la mise en œuvre des FIC et des orientations plus claires pour les intégrer dans les pratiques existantes de gestion durable des forêts (GDF) sont essentielles. Une définition plus complète de la FIC et une approche fondée sur des preuves pourraient en améliorer l'efficacité. En résumé, la foresterie intelligente face au climat exige une réflexion holistique, l'engagement des parties prenantes et une adaptation aux réalités changeantes. En intégrant les principes de la FIC et de la GDF, nous pouvons répondre aux besoins de la société tout en contribuant à une planète plus saine.

 

Références

 

Pour en savoir plus:

Agroforesterie

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Lambert Aliginia
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